Peuples

Arda foisonnait de créatures intrigantes. Dans cette rubrique, nous nous atarderons essentiellement sur les peuples ayant joué un rôle déterminant au cours des âges ; ces êtres qui ont façonné le monde à leur image, dans la quiétude comme dans le conflit, et dont le destin fut lié jusqu'à la nuit des temps.

Voici la liste de ces peuples tels qu'ils furent nommés dans la langue du commun.

Elfes

On raconte que, lorsque Varda eut achevé son œuvre, et il fallut longtemps, quand Menelmacar s'élança dans le ciel et que la flamme bleue d'Helluin perça les nuées au-dessus des murailles du monde, à ce moment même naquirent les Enfants de la Terre, les Premiers-Nés d'Ilúvatar. Ils s'éveillèrent du sommeil d'Ilúvatar sur les rives du Lac de Cuiviénen, l'Eau de l'Éveil et, muets encore, leurs yeux virent avant toutes choses les étoiles du ciel. Depuis lors ils n'ont cessé d'aimer cette lumière et d'adorer Varda Elentári avant tous les autres Valar.

J.R.R. Tolkien

Peuplant les forêts primaires, les Elfes se réunissent en communautés. Les grands arbres se prêtent à l'édification de somptueuses demeures, perchées à bonne distance du sol. Peu répandues sont les citées elfiques abritant une vaste population.

Les Elfes évitent la compagnie d'autres peuples pour lesquels ils n'auraient de lien particulier si ce n'est la défense territoriale. De fait, ils vivent en autarcie, cachés aux yeux de tous, développant leurs connaissances autant que faire se peut. Ils comptent parmi les individus les plus furtifs qu'il soit. Leur territoire est une zone protégée, farouchement défendue et vierge de maléfices. Manipulant la plume à merveille, ils conversent dans un vocabulaire soutenu. De même, les chants elfiques sont appréciés pour savoir faire frémir le cœur des êtres sensibles et faire vibrer les oreilles les plus délicates.

Ouïe fine, vue perçante, agilité féline, insensibilité à la maladie et immortalité par l'age sont l'apanage des Eldar. De même cultivent-ils les arts en tout genre, étant eux-même dotés d'une indicible beauté naturelle. Si tous font corps avec les éléments, il semble que certains aient l'ultime privilège de pouvoir invoquer l'aide des Valars lors de situations extrêmes.

Ents

Les Ents comptent parmi les êtres les plus anciens présents sur Terre. Nul ne connaît l'ampleur de leur longévité. On dit que Yavanna suggéra à Illuvatar leur création. Ils furent ensuite réveillés par les Elfes qui leur apprirent à parler.

A mi-chemin entre animal et végétal, ces gardiens de la forêt ont l'apparence d'arbres de diverses essences aux formes humanoïdes. Imposants par la taille, leurs membres supérieurs se terminent par des excroissances préhensiles noueuses ressemblant à des doigts. Les membres inférieurs leur permettent de se déplacer à pas de géants, enjambant sans trop de peine les obstacles naturels.

Les Ents communiquent par murmures de proche en proche. Ainsi peuvent se répandre certaines rumeurs à travers toute une forêt.

Hobbits

Les Hobbits sont un peuple longtemps passé inaperçu mais néanmoins très ancien, plus nombreux autrefois qu’il ne l’est aujourd’hui ; car ils aiment la paix, la tranquillité, et une bonne terre aux longs labours : rien ne leur convenait mieux qu’une campagne bien ordonnée et bien cultivée. Ils ne comprennent pas et n’ont jamais compris ni aimé les machines plus compliquées qu’un soufflet de forge, un moulin à eau ou un métier à tisser rudimentaire, bien qu’ils aient su manier les outils avec habileté. Même aux temps anciens, ils étaient généralement très réservés avec « les Grandes Gens », comme ils nous appellent, et de nos jours, ils nous évitent avec effroi et deviennent difficiles à trouver. Ils ont l’ouïe fine et l’œil perçant, et s’ils ont tendance à l’embonpoint et ne se pressent jamais sans nécessité, ils montrent néanmoins beaucoup d’agilité et d’adresse dans leurs mouvements. Ils ont toujours été doués dans l’art de disparaître rapidement et sans bruit, quand de gros patauds qu’ils ne souhaitent pas rencontrer s’aventurent de leur côté ; et cet art, ils l’ont perfectionné à tel point qu’il peut paraître magique aux yeux des Hommes. Mais les Hobbits n’ont, en fait, jamais étudié de magie d’aucune sorte, et leur nature insaisissable n’est due en réalité qu’à une habileté professionnelle que l’hérédité et l’expérience, de même qu’une étroite union avec la terre, ont rendue inimitable pour d’autres races plus gauches et lourdes.

Car les Hobbits sont des gens de petite stature, plus petits que les Nains : moins gros et trapus, s’entend, même quand ils ne sont pas beaucoup moins grands. Car leur taille est variable : entre deux et quatre pieds, selon nos mesures. De nos jours, ils atteignent rarement trois pieds ; mais les Hobbits ont rapetissé, disent-ils, et anciennement ils étaient plus grands. Selon le Livre Rouge, Bandobras Touc (Fiertaureau), fils d’Isumbras III, mesurait quatre pieds cinq pouces et pouvait monter à cheval. Dans toutes les chroniques hobbites, il ne fut surpassé que par deux célèbres personnages de jadis ; mais cette étrange histoire sera abordée dans le présent livre.

Quant aux Hobbits du Comté dont il est question dans ces récits, aux jours de leur prospérité et de leur paisible existence, c’étaient de joyeuses gens. Ils s’habillaient de couleurs vives, avec une préférence marquée pour le jaune et le vert ; mais ils portaient rarement des chaussures, ayant la plante des pieds dure comme du cuir et recouverte d’un épais poil brun et frisé, très semblable à leur chevelure, laquelle était généralement brune. Ainsi, le seul métier qu’ils ne pratiquaient pas couramment était la cordonnerie ; mais ils avaient de longs doigts habiles et pouvaient fabriquer bien d’autres choses utiles et belles. Leur visage était d’ordinaire plus enjoué que joli, large, avec des yeux brillants, des joues rouges et une bouche qui se prêtait volontiers au rire, au manger et au boire. Et pour ce qui était de rire, de manger et de boire, ils le faisaient souvent et avec entrain, ne dédaignant pas une bonne plaisanterie, et six repas par jour (quand ils le pouvaient). Ils étaient accueillants et adoraient les fêtes, ainsi que les cadeaux, qu’ils offraient sans compter et acceptaient sans se faire prier.

Il semble en effet (même s’ils se sont beaucoup éloignés par la suite) que les Hobbits nous sont apparentés : ils sont bien plus proches de nous que les Elfes, ou même les Nains. Jadis, ils parlaient les langues des Hommes, à leur manière, et avaient à peu près les mêmes goûts et les mêmes aversions que les Hommes. Mais il n’est plus désormais possible de découvrir la nature exacte de cette parenté. L’apparition des Hobbits remonte à très loin, aux Jours Anciens qui sont aujourd’hui perdus et oubliés. Seuls les Elfes conservent encore des chroniques de cette époque disparue, et leurs traditions concernent presque entièrement leur propre histoire, dans laquelle les Hommes apparaissent rarement et les Hobbits ne figurent pas du tout. Or, il apparaît que les Hobbits vivaient depuis maintes longues années en Terre du Milieu, longtemps avant que les autres peuples se soient même avisés de leur paisible existence. Et le monde étant, après tout, peuplé de créatures étranges en quantité innombrable, ces gens de petite stature ne semblaient revêtir que peu d’importance. Mais du temps de Bilbo, et de Frodo son héritier, ils acquirent soudainement, sans l’avoir cherché, une importance et une renommée hors du commun, et troublèrent les conseils des Sages et des Grands.

Cette époque, le Troisième Âge de la Terre du Milieu, est révolue depuis longtemps, et la forme des terres est aujourd’hui complètement changée ; mais les régions où vivaient alors les Hobbits étaient sans doute celles où ils subsistent encore de nos jours : le nord-ouest du Vieux Continent, à l’est de la Mer. De leur pays d’origine, les Hobbits du temps de Bilbo ne savaient plus rien. Le goût du savoir (autre que généalogique) était loin d’être répandu chez eux, bien qu’il y eût encore quelques individus des familles plus anciennes pour étudier leurs propres livres d’histoire, et même les relations de pays et d’époques reculés, qu’ils recueillaient auprès des Elfes, des Nains et des Hommes. Leurs propres archives ne commençaient qu’après la colonisation du Comté, et leurs plus anciennes légendes ne remontaient guère plus loin qu’à leurs Jours d’Errance. Il apparaît néanmoins, à la lumière de ces légendes et de ce que nous apprennent leurs vocables particuliers et leurs coutumes distinctives, que dans leur lointain passé, comme bien d’autres peuples, les Hobbits s’étaient déplacés vers l’ouest. Leurs contes les plus anciens semblent laisser entrevoir une époque où ils vivaient dans les vallées supérieures de l’Anduin, entre l’orée de Vertbois le Grand et les Montagnes de Brume. On ne sait plus aujourd’hui pourquoi ils ont entrepris la dure et périlleuse traversée des montagnes jusqu’en Eriador. Leurs propres récits faisaient état de la prolifération des Hommes dans le pays, et d’une ombre tombée sur la forêt, de sorte qu’elle s’enténébra et prit le nom de Grand’Peur.

Avant la traversée des montagnes, les Hobbits s’étaient déjà scindés en trois espèces quelque peu différentes : les Piévelus, les Fortauds et les Peaublêmes. Les Piévelus étaient plus bruns de peau, plus petits et plus courts, et ne portaient ni barbe, ni bottes ; leurs pieds et leurs mains étaient agiles et bien faits, et ils préféraient les montagnes et les collines. Les Fortauds étaient plus larges, plus robustes ; leurs pieds et leurs mains étaient plus massifs, et ils préféraient les plaines et le bord des rivières. Les Peaublêmes avaient le teint et les cheveux plus pâles, et ils étaient plus grands et minces que les autres ; ils aimaient les arbres et les terres boisées.

Les Piévelus côtoyaient beaucoup les Nains autrefois, et vécurent longtemps sur les contreforts des montagnes. Ils migrèrent très tôt vers l’ouest et parcoururent l’Eriador jusqu’à Montauvent, pendant que les autres habitaient encore la Contrée Sauvage. Cette variété était, sans aucun doute, la plus ordinaire et la plus représentative du peuple hobbit – et de loin la plus nombreuse. Les Piévelus étaient les plus enclins à s’établir en un lieu précis, et furent ceux qui conservèrent le plus longtemps leur habitude ancestrale d’habiter dans des tunnels et des trous.

Les Fortauds s’attardèrent longtemps sur les rives du Grand Fleuve Anduin, et se cachaient moins des Hommes. Ils passèrent à l’ouest des Montagnes après les Piévelus, suivant le cours de la Bruyandeau vers le sud ; et là, nombre d’entre eux vécurent longtemps entre Tharbad et les frontières de la Dunlande avant de remonter vers le nord.

Les Peaublêmes, les moins nombreux, étaient une branche nordique. Ils étaient en meilleurs termes avec les Elfes que ne l’étaient les autres Hobbits, plus doués pour les langues et les chansons que pour le travail manuel ; et autrefois, ils préféraient la chasse au labour. Traversant les montagnes au nord de Fendeval, ils descendirent la rivière Fongrège. En Eriador, ils se mêlèrent bientôt aux autres groupes qui les avaient précédés, mais comme ils étaient un peu plus hardis et aventureux, il n’était pas rare de les voir assumer un rôle de meneur ou de chef dans les clans de Piévelus ou de Fortauds. Même au temps de Bilbo, une forte ascendance peaublême se remarquait encore dans les grandes familles, notamment chez les Touc et les Maîtres du Pays-de-Bouc.

En Eriador, ces terres de l’ouest comprises entre les Montagnes de Brume et les Montagnes de Loune, les Hobbits trouvèrent tant des Hommes que des Elfes. En effet, il s’y trouvait encore quelques descendants des Dúnedain, les rois des Hommes de l’Occidentale ayant jadis traversé la Mer ; mais leur nombre diminuait rapidement, et les terres de leur Royaume du Nord devenaient partout désertes. Il y avait amplement assez de place pour accueillir de nouveaux venus, et les Hobbits ne tardèrent pas à s’établir en communautés ordonnées. Du temps de Bilbo, la plupart de leurs anciens établissements étaient disparus et oubliés depuis longtemps ; mais l’un des premiers à devenir un bourg d’importance subsistait encore, sans toutefois être aussi vaste que par le passé : il se trouvait à Brie et dans le Bois de Chètes tout autour, à quelque quarante milles à l’est du Comté.

Ce fut sans doute à cette époque reculée de leur histoire que les Hobbits apprirent et à lire et à écrire à la manière des Dúnedain, lesquels avaient appris cet art des Elfes longtemps auparavant. À cette même époque, ils oublièrent toutes les langues qu’ils avaient pu parler jusque-là, et employèrent dès lors le parler commun, appelé occidentalien, qui était en usage dans tous les territoires des rois, de l’Arnor au Gondor, et le long de toutes les côtes de la Mer, du Belfalas au golfe du Loune. Ils conservèrent néanmoins quelques mots à eux, ainsi que leurs propres appellations des mois et des jours, et bon nombre de noms et prénoms hérités du passé.

Pour les Hobbits, c’est aux alentours de cette époque que s’arrête la légende et que commence l’Histoire avec un comput des années. Car ce fut en l’an mille six cent un du Troisième Âge que les frères Marcho et Blanco, des Peaublêmes, partirent de Brie ; et ayant obtenu l’autorisation du grand roi de Fornost, ils traversèrent le fleuve Baranduin aux eaux brunes avec une grande suite de Hobbits. Ils franchirent le pont des Arcs-en-pierre, construit au faîte de la puissance du Royaume du Nord, et prirent toutes les terres situées au-delà pour s’y établir, entre le fleuve et les Coteaux du Lointain. On leur demanda simplement d’entretenir le Grand Pont (ainsi que tous les autres ponts et routes), d’accorder libre passage aux messagers du roi, et de reconnaître sa souveraineté.

C’est alors que commença le Comput du Comté ; car l’année de la traversée du Brandivin (ainsi qu’on transforma ce nom chez les Hobbits) devint l’An Un du Comté, toutes les autres dates étant comptées à partir de celle-ci. Les Hobbits de l’Ouest tombèrent aussitôt amoureux de leur nouveau pays ; ils y demeurèrent, et bientôt disparurent une fois de plus de l’histoire des Hommes et des Elfes. Tant qu’il y eut un roi, ils restèrent en principe ses sujets, même si en réalité, ils étaient gouvernés par leurs propres chefs et ne prenaient aucune part aux événements du monde extérieur. Lors de la dernière bataille à Fornost contre le Sire-Sorcier de l’Angmar, ils envoyèrent des archers au secours du roi, ou du moins l’ont-ils affirmé, bien qu’aucun récit des Hommes n’en fasse état. Mais au terme de cette guerre, le Royaume du Nord prit fin, après quoi les Hobbits s’approprièrent les terres et se choisirent un Thain parmi leurs chefs pour exercer l’autorité du roi qui n’était plus. Là, pendant un millénaire, ils furent peu inquiétés par les guerres, et ils prospérèrent et se multiplièrent après la Grande Peste (37 C.C.) jusqu’au désastre du Long Hiver, suivi d’une importante famine. Plusieurs milliers d’habitants périrent alors ; mais à l’époque de ce récit, les Jours de Disette (1158-1160) n’était plus qu’un lointain souvenir, et les Hobbits s’étaient de nouveau habitués à l’abondance. Leur terre était hospitalière et prodigue de ses richesses, car bien que désertée depuis longtemps lorsqu’ils y arrivèrent, elle avait été bien cultivée auparavant, du temps où le roi y avait de nombreuses fermes, champs de blé, vignobles et terres boisées.

Elle s’étendait sur quarante lieues, des Coteaux du Lointain jusqu’au Pont du Brandivin, et en faisait cinquante depuis les landes du nord jusqu’aux marécages du sud. Les Hobbits l’appelèrent le Comté, c’est-à-dire la région où s’exerçait l’autorité de leur Thain, un lieu d’affaires bien ordonnées ; et là, dans cette agréable partie du monde, ils s’affairèrent à vivre leurs vies bien ordonnées, et ils firent de moins en moins attention au monde extérieur où de sombres choses évoluaient, si bien qu’ils finirent par croire que la paix et l’abondance étaient la norme en Terre du Milieu, un droit pour tous les gens de bon sens. Ils oublièrent le peu qu’ils avaient jamais su au sujet des Gardiens, ou décidèrent d’en faire fi, négligeant les efforts de ceux qui assuraient la longue paix du Comté. Dans les faits, ils étaient protégés, mais ils avaient cessé de s’en souvenir.

Jamais il n’y eut de Hobbits d’aucune sorte au tempérament guerrier, et jamais les Hobbits ne s’étaient battus entre eux. Au temps jadis, ils avaient bien sûr été forcés de se battre pour survivre dans un monde cruel ; mais du temps de Bilbo, c’était de l’histoire très ancienne. De leur dernière bataille avant le début ce récit (la seule, d’ailleurs, à s’être déroulée à l’intérieur des frontières du Comté), il ne restait plus aucun témoin vivant : il s’agit de la Bataille des Champs-Verts, 1147 C.C., au cours de laquelle Bandobras Touc mit une invasion d’Orques en déroute. Même les saisons s’étaient adoucies, et les loups chasseurs qui, autrefois, descendaient du Nord lors des rudes hivers blancs n’étaient plus qu’une histoire racontée aux enfants. Ainsi, bien qu’il y eût encore une provision d’armes dans le Comté, elles servaient surtout de trophées, ornant les cheminées et les murs des habitations, ou encore, les salles du musée de Grande-Creusée. On l’appelait la Maison des Mathoms ; car tout ce pour quoi les Hobbits n’avaient pas d’usage immédiat, mais qu’ils ne voulaient pas jeter, était pour eux un mathom. Leurs demeures avaient tendance à s’encombrer de mathoms, et nombre des cadeaux qui s’échangeaient de main en main étaient de cette sorte.

Ce peuple, malgré le confort et la paix dont il jouissait, conservait une singulière endurance. Car les Hobbits ne se laissaient pas facilement abattre ou tuer, quand les choses en arrivaient là ; et s’ils étaient inlassablement épris des bonnes choses, c’était peut-être, justement, parce qu’ils parvenaient à s’en passer lorsqu’ils y étaient contraints, et qu’ils pouvaient survivre aux affres du chagrin, de l’ennemi ou du climat, d’une manière qui ne manquait pas de surprendre ceux qui ne les connaissaient pas bien et ne regardaient pas plus loin que leurs ventres ronds et leurs visages joufflus. Lents à la querelle, et ne tuant aucune créature vivante pour le plaisir de la chasse, ils se montraient néanmoins vaillants quand ils étaient acculés, et savaient encore manier les armes en cas de nécessité. Ils tiraient bien à l’arc, car ils avaient la vue perçante et une bonne visée. Non seulement avec l’arc et les flèches. Quand un Hobbit ramassait une pierre, il était conseillé de se mettre rapidement à couvert, comme le savaient fort bien les bêtes qui s’aventuraient sur leurs propriétés.

Tous les Hobbits vivaient à l’origine dans des trous creusés à même le sol, ou du moins le croyaient-ils, et c’était dans ce genre de demeures qu’ils se sentaient encore le plus à l’aise ; mais au fil du temps, ils avaient dû adopter d’autres types d’habitations. En fait, dans le Comté au temps de Bilbo, il n’y avait en règle générale que les Hobbits les plus riches et les plus pauvres pour conserver l’ancienne coutume. Les plus pauvres vivaient encore dans les terriers les plus rudimentaires qui soient, en vérité de simples trous, avec une seule fenêtre ou même aucune ; tandis que les mieux nantis se construisaient de somptueuses résidences inspirées des modestes excavations d’autrefois. Mais les sites capables d’accueillir ces grands tunnels ramifiés (ou smials, comme ils les appelaient) ne se trouvaient pas partout ; et dans les plaines et les basses terres, les Hobbits, à mesure qu’ils se multipliaient, avaient commencé à construire au-dessus du sol. En effet, même dans les régions vallonnées et les anciens villages, tels Hobbiteville ou Tocquebourg, ou dans le chef-lieu du Comté, Grande-Creusée-les-Côtes-Blanches, on remarquait à présent de nombreuses maisons en bois, en brique ou en pierre. Celles-ci étaient particulièrement appréciées des meuniers, cordiers, forgerons, charrons et autres artisans du même genre ; car même lorsqu’ils avaient des trous où habiter, les Hobbits avaient coutume de construire des remises et des ateliers.

L’habitude de construire des fermes et des granges avait commencé, disait-on, chez les habitants de la Marêche, près du Brandivin. Les Hobbits de cette région, le Quartier Est, étaient plutôt trapus, avec de fortes jambes, et ils portaient des bottes de Nains par temps boueux. Mais ils étaient reconnus pour avoir beaucoup de sang fortaud, comme en faisait foi le duvet que maints d’entre eux portaient au menton. Aucun Piévelu ou Peaublême n’avait trace de barbe. En fait, les gens de la Marêche (et du Pays-de-Bouc, à l’est du Fleuve, qu’ils occupèrent par la suite) arrivèrent pour la plupart tardivement dans le Comté, étant venus du Sud ; et ils conservaient bon nombre de mots et de noms singuliers qui ne se retrouvaient nulle part ailleurs dans le Comté.

Il est probable que l’art de construire, comme bien d’autres arts, leur venait des Dúnedain. Mais les Hobbits ont pu l’apprendre directement des Elfes, qui instruisirent les Hommes au temps de leur jeunesse. Car les Elfes du Haut Peuple n’avaient toujours pas déserté la Terre du Milieu, et demeuraient encore en ce temps-là aux Havres Gris, quelque peu à l’ouest, et en d’autres endroits non loin du Comté. Trois antiques tours elfes se voyaient encore sur les Collines des Tours au-delà des marches occidentales. Elles brillaient loin dans le clair de lune. La plus haute était aussi la plus éloignée, dressée seule sur un monticule vert. Les Hobbits du Quartier Ouest disaient que, du haut de cette tour, on pouvait apercevoir la Mer ; mais nul ne se souvenait qu’aucun Hobbit y fût jamais monté. En fait, bien peu d’entre eux avaient déjà vu la Mer ou navigué sur elle, et encore moins étaient revenus pour en témoigner. La plupart des Hobbits considéreraient même les rivières et les petits bateaux avec la plus grande méfiance, et ils n’étaient pas nombreux à savoir nager. Et à mesure que les années passaient dans le Comté, ils parlèrent de moins en moins aux Elfes et se mirent à les craindre, devenant soupçonneux des gens qui les côtoyaient ; et dès lors la Mer fut pour eux un mot d’épouvante et un signe de mort, et ils se détournèrent des collines à l’ouest de leur pays.

L’art de construire leur venait peut-être des Elfes ou des Hommes, mais les Hobbits s’en servaient à leur manière. Ils n’étaient pas du tout portés sur les tours. Leurs maisons étaient d’ordinaire longues et basses, en plus d’être confortables. Les plus anciennes n’étaient d’ailleurs que des constructions imitant les smials, recouvertes de foin ou de chaume, ou encore de gazon, aux murs légèrement bombés. Ce style d’habitation datait cependant des débuts du Comté, et l’architecture hobbite avait beaucoup évolué depuis, grâce à des procédés qu’ils avaient appris des Nains ou découverts par eux-mêmes. Elle se distinguait encore par cette préférence qu’avaient les Hobbits pour les fenêtres rondes, et même les portes tout en rondeur.

Les maisons et les trous des Hobbits du Comté étaient souvent de vastes demeures où logeaient de grandes familles. (Bilbo et Frodo Bessac, deux célibataires, étaient, à cet égard, très exceptionnels – comme à bien d’autres égards, dont leur amitié avec les Elfes.) Parfois, comme pour les Touc de Grands Smials ou les Brandibouc de Castel Brandy, plusieurs générations de parents vivaient ensemble et en (relative) harmonie dans un manoir ancestral aux multiples tunnels. Quoi qu’il en soit, les Hobbits étaient tous dotés d’un certain esprit de clan et accordaient beaucoup d’importance aux liens de parenté. Ils dressaient de grands arbres généalogiques aux ramifications complexes et innombrables. Quand on a affaire aux Hobbits, il est bien important de se rappeler qui est parent avec qui, et à quel degré. Il serait impossible, dans ce livre, de donner un arbre généalogique qui comprendrait ne serait-ce que les membres les plus éminents des plus importantes familles au temps où se passent ces récits. Les arbres que l’on trouve à la fin du Livre Rouge de la Marche-de-l’Ouest forment en eux-mêmes un petit livre, que tous sauf les Hobbits trouveraient extrêmement fastidieux. Les Hobbits adoraient ce genre de choses, quand elles étaient justes : ils aimaient que les livres soient remplis de choses qu’ils savaient déjà, exposées clairement et sans contradictions.

J.R.R. Tolkien

Hommes

Au premier lever du Soleil, les Derniers Enfants d'Ilúvatar s'éveillèrent au pays d'Hildórien, à l'est des Terres du Milieu, et comme le Soleil s'était levé à l'ouest leurs yeux s'ouvrirent à sa vue et leurs pas, pour la plupart, se dirigèrent vers lui quand ils se mirent à errer sur la Terre. Les Eldar les appelèrent les Atani, le Second Peuple, et aussi les Hildor, les Suivants, et d'autres noms encore : Apanónar, les Derniers-Nés, Engwar, les Malingres, Fírimar, les Mortels, et ils les surnommèrent les Usurpateurs, les Étrangers, les Impénétrables, les Maudits, les Maladroits, Ceux qui ont Peur de la Nuit, les Enfants du Soleil. Ces contes parlent peu des Humains, car ils décrivent les temps Anciens d'avant l'ascension des Mortels et le déclin des Elfes, sauf des Atanatári, les pères des Humains, qui errèrent au nord du monde pendant les premières années du Soleil et de la Lune. Aucun Valar ne vint à Hildórien pour guider les Humains ou les inviter à venir à Valinor, et les Humains ont craint les Valar plus qu'ils ne les ont aimés. Ils n'ont jamais compris les intentions des Puissants, étant eux-mêmes trop différents et en conflit avec le monde. Pourtant Ulmo se pencha sur leur sort, suivant le conseil et le désir de Manwë, il leur envoya des messagers dans les rivières ou les inondations. Mais ils n'étaient pas doués pour ce langage, et moins encore avant qu'ils ne se fussent mêlés aux Elfes. Ils aimaient les eaux, leurs cœurs en étaient émus, mais ils n'en comprenaient pas les messages. On dit qu'avant longtemps ils rencontrèrent des Elfes de la Nuit qui leur offrirent leur amitié et que les Humains dans leur enfance devinrent les compagnons et les disciples de ce peuple antique, ceux des Elfes qui n'étaient jamais allés à Valinor et ne connaissaient des Valar que le nom et une rumeur lointaine.

J.R.R. Tolkien

Maïar

Les Maïar (Maïa au singulier) sont les sujets des Valar.

Les istari :

[...] Lorsqu'un millier d'années environ se furent écoulées, et que l'ombre commença à offusquer Vert bois le grand, les Istari ou Mages survinrent en Terre du Milieu. Par la suite, on a dit qu'ils étaient venus de l'Extrême Occident et qu'ils étaient des messagers envoyés contre les ambitions de Sauron, et pour unir tous ceux qui avaient la volonté de lui résister, cependant il leur était interdit de l'affronter directement ou de chercher, par la force ou par la peur, à acquérir un pouvoir sur les Elfes ou sur les Hommes.
C'est pourquoi ils vinrent sous figure Humaine, bien qu'ils ne fussent jamais jeunes, et ne vieillissent que très lentement, et leurs pouvoirs étaient grands, tant leur savoir que leur savoir-faire. Leurs noms véritables, ils ne les révélèrent qu'à certains mais ils se faisaient appeler par le nom qui leur avait été attribué. Ils étaient cinq, dit-on, de cette Confrérie, et deux d'entre eux avaient plus haut rang, et ces deux, les Eldar les nommaient Curuilir l'«Homme de savoir», et Mithrandir, le «Gris-Pèlerin», mais les Hommes du Nord leur donnaient nom «Saroumane» et «Gandalf». Curunir se rendait souvent en Orient, mais c'est d'Isengard, qu'il fit, en fin de compte, sa demeure. Mithrandir était le plus étroitement lié avec les Eldar, et il parcourait plus volontiers les terres d'Occident, et jamais ne s'établit nulle part, car il allait toujours errant.

J.R.R. Tolkien

Les istari (istar au singulier) étaient les envoyés des Valar appartenant à l'ordre des mages. Chacun avait des pouvoirs qui lui étaient propres. 5 istari sont subitement apparus en Terre du Milieu dans l'ordre qui suit :

Nains

On raconte qu'au commencement les Nains furent créés par Aulë pendant la nuit des Terres du Milieu. Aulë désirait si fort la venue des Enfants pour avoir des apprentis auxquels il pourrait enseigner son savoir et ses talents qu'il ne voulut pas attendre l'accomplissement des plans d'Ilúvatar. Et il créa les Nains tels qu'ils sont encore aujourd'hui, car l'apparence des Enfants à venir n'était pas claire à son esprit et la Terre était encore au pouvoir de Melkor : il souhaitait donc qu'ils fussent robustes et résistants. De crainte que les autres Valar ne blâmassent son œuvre, il travailla en secret et c'est dans une caverne sous les montagnes des Terres du Milieu qu'il donna vie aux Sept Pères des Nains.

[...]

Comme les Nains devaient naître à l'époque où Melkor faisait peser son joug, Aulë leur avait donné une grande endurance. Ils sont donc durs comme le roc, obstinés, prompts à l'amitié comme à l'hostilité, et ils résistent mieux à la peine, à la faim et à la souffrance que tous les êtres parlants. Et ils vivent longtemps, plus longtemps que les Humains, sans atteindre la vie éternelle. On croyait autrefois, chez les Elfes, que les Nains retournaient après leur mort à la terre et aux roches dont ils sont venus, mais eux-mêmes ne le croient pas. Ils disent qu'Aulë, le Constructeur, qu'ils appellent Mahal, prend soin d'eux et les rassemble chez Mandos dans des cavernes séparées des autres et que jadis il avait annoncé à leurs Pères qu'à la fin des Temps Ilúvatar les bénirait et leur ferait place parmi ses Enfants. Alors ils auraient à servir Aulë pour l'aider à reconstruire Arda après la Dernière Bataille. Ils disent aussi que les Sept Pères des Nains reviendront vivre parmi leurs semblables et retrouveront leurs anciens noms. De ceux-là Durin fut le plus célèbre dans les temps qui suivirent, celui qui engendra les Nains les mieux disposés entre les Elfes, ceux des Khazad-dûm.

J.R.R. Tolkien

Orcs

On sait peu de choses avec certitude sur les malheureux qui furent ensorcelés par Melkor. Qui, en effet, parmi les vivants, est descendu dans les profondeurs d'Utumno, qui a pu assister aux noires assemblées de Melkor ? Pourtant, on dit en Eressëa que tous ceux des Quendi qui tombèrent entre les mains de Melkor avant le démantèlement d'Utumno furent jetés en prison, qu'ils y furent corrompus et réduits en esclavage après de longues et savantes tortures, et c'est ainsi que Melkor créa la race hideuse des Orcs, dans sa haine jalouse des Elfes, dont ils furent ensuite les ennemis les plus féroces. Les Orcs étaient vraiment vivants et se multipliaient comme les Enfants d'Ilúvatar, alors que Melkor, depuis sa rébellion d'avant le Commencement du Monde, pendant Ainulindalë, ne pouvait plus rien créer qui ait une vie propre ni même une apparence de vie ; voilà ce que disent les sages. Au plus profond de leur âme noire les Orcs haïssaient en retour le maître qu'ils servaient par peur et qui ne leur apportait que souffrances. Ce fut peut-être l'acte le plus vil de Melkor, celui qui le rendit le plus détestable à Ilúvatar.

J.R.R. Tolkien

Trolls

Melkor façonna les trolls afin de tourner en dérision les Ents qu'il jalousait, comme toute créature qui n'avait été le fruit de sa création.

Les Trolls sont décrits comme étant très grands, puissants par leur imposante musculature et irrémédiablement laids. Leur peau épaisse et calleuse les protège des coups. Ces terrifiants géants au teint grisâtre s'élèvent à plus de 3 mètres, et leur force colossale peut être comparée à celle des ents, sans toutefois l'égaler.

Les Trolls affectionnent les montagnes ou les buttes dans lesquelles ils trouvent aisément une niche naturelle. Un simple trou peu spacieux fera office de piètre logis, devant lequel seront éparpillés et laissés pour compte quelques ossements, vestiges de précédents festins. Se contonnant à un régime principalement carnivore, ils n'hésitent pas à dévorer leurs ennemis héréditaires à l'issue d'un combat victorieux, faisant ainsi d'une pierre deux coups !
Leur faible capacité à raisonner ainsi qu'une absence d'appréhension du danger les ont souvent précipité vers leur chute. On les évitera prudemment, connaissant leur cruauté envers les espèces étrangères. Craignant cependant la lumière céleste, il semble que certains y soient si sensibles qu'ils se pétrifient sous l'action des rayons du soleil.

Bien que les contacts avec l'extérieur ne soient pas leur point fort, ils tolèrent la présence des gobelins ainsi que celle des Orcs. Tout autre espèce « évoluée » étant considérée comme rivale ou comestible...
Il existe une très forte animosité entre Trolls et Nains. Celle-ci vient du fait que ces derniers creusent sans cesse la roche et la façonne au détriment de l'habitacle des seconds, ce qui les pousse à entrer en confrontation directe.

Valar

Certains ainur choisirent de vivre dans le monde que les Elfes appelleront Arda, tandis que les Hommes le nommeront Terre. Lorsqu'ils arrivèrent, ils furent plongés dans les ténèbres et durent entreprendre de grands travaux afin de façonner le monde. Ils se firent appeler Valar par les Elfes (Vala au masculin singulier, valie au féminin singulier) et dieux par les Hommes.
Les seigneurs Valar étaient au nombre de 7 et les dames ou épouses des seigneurs étaient 7 également. Ils s'établirent dans la partie d'Arda que l'on nommait Valinor.

Seigneurs Valar :

Dames Valar :

À l'origine du monde, les seigneurs et dames Valar étaient au nombre de 9, parmi les plus puissants et les plus nobles. Mais l'un d'eux, Melkor, devint maléfique et fut déchu. Portés au nombre de 8, ils se firent appelé les aratar, seigneurs d'Arda : Manwë et Varda, Ulmo, Aulë et Yavanna, Mandos, Nienna, Oromë. Bien qu'étant égaux en majesté, Manwë fut désigné en tant que leur roi.